J’ai toujours su que je voulais être mère. Mon plus vieux souvenir : j’ai sept ans, je m’amuse à gonfler mon ventre pour faire semblant que je suis enceinte et que je m’apprête à donner naissance. Enfant, mon jeu préféré est de jouer à « maman et papa ».

Comme tout le monde, nous avons attendu d’avoir la situation parfaite avant d’essayer de fonder une famille, un peu pour suivre le canevas de la vie qu’on nous enseigne à l’école et à la télé. Une fois les diplômes obtenus, mon conjoint Simon et moi avons fait notre entrée sur le marché du travail, nous nous sommes acheté notre première maison et avons adopté notre beau chien Pumba. Après un certain temps dans notre vie d’adultes bien établis, on s’est dit qu’on avait tout ce qu’il fallait pour fonder une famille.

Les mois d’essai se suivaient et mes règles arrivaient quand même toujours, bien ponctuelles, mensuellement. Après 6 mois, on a commencé à trouver ça difficile. Mes amies commençaient à m’annoncer qu’elles étaient enceintes alors que moi, je ne comprenais pas ce que je faisais de mal. Plus le temps passait, plus les gens de partout dans mon entourage m’annonçaient attendre un enfant – des cousines, des anciens collègues, des connaissances sur les médias sociaux, d’autres amis, mon frère et ceux qui ne voulaient pas tant que ça des enfants – toutes les annonces de grossesse étaient comme un coup de couteau dans le cœur. L’injustice, la frustration et l’incompréhension m’habitaient quotidiennement. De mois en mois, la souffrance émotionnelle et la détresse psychologique prenaient de plus en plus de place et ce, dans chacun de mes faits et gestes quotidiens.

Pourquoi moi?
Moi qui a l’instinct maternel si fort et si développé depuis toujours, pourquoi n’ai-je pas le droit d’être mère à mon tour? Je ne mérite pas ce bonheur? Pourtant, j’ai tellement d’amour à donner…

Après une année complète d’essai, nous sommes entrés en clinique de fertilité où nous avons fait, pour commencer, tous les tests de base dans l’espoir d’obtenir réponses à nos questions. Malheureusement, on reste dans le néant car on nous diagnostique une infertilité inexpliquée. Wow, super! Nos systèmes reproducteurs sont en santé, à priori, et personne ne peut nous expliquer pourquoi un des MILLIONS de spermatozoïdes de mon conjoint n’est pas capable de féconder l’ovule que je libère à chaque cycle ovulatoire. Pas frustrant du tout (lire l’ironie ici). On tente deux inséminations – négatif, les deux fois.

Alors que je terminais un mois de congé au travail pour épuisement causé par l’infertilité, mon conjoint envoyait une demande de consultation dans une deuxième clinique afin de s’informer sur la Fécondation In Vitro (FIV). Pour moi, de me rendre à cette étape, c’était le summum de l’échec.

Nous avons donc pris une pause, pris le temps d’absorber le tout avant de finalement décider de tenter le tout pour le tout. C’est en novembre 2022 que ma stimulation ovarienne, que la ponction d’ovules et que la fécondation in vitro ont eu lieu. Au total, 38 follicules auront été produits lors de cette stimulation et 19 auront été ponctionnés, pour nous donner au final trois embryons de qualité… moyenne. Nous étions anéantis.

Après la FIV, nous sommes tombés enceinte… naturellement! C’était l’euphorie dans nos cœurs. La plus belle victoire que jamais Simon et moi avions réussie ensemble en plus de huit ans de couple. Nous étions bien naïfs, cependant, de croire que c’était gagné. À neuf semaines de grossesse, nous avions une première échographie en vue de faire les tests de dépistage pour la trisomie. Pendant l’examen, le fertilologue nous annonce alors qu’il n’y a pas de cœur et que l’embryon a cessé de se développer autour de la huitieme semaine. Le lendemain, j’entrais à l’hôpital, en chirurgie d’un jour, pour y subir un curetage.

Quelques mois plus tard, on tente un premier transfert d’embryon – négatif. Le deuxième transfert d’embryon nous donnera notre deuxième grossesse… et notre deuxième fausse couche. Encore aujourd’hui, je ne trouve pas les mots pour décrire les émotions que Simon et moi avons vécues à travers ces épreuves.

Pendant les deux années où j’aurai été en arrêt de travail pour épuisement sévère, encore une fois causé par l’infertilité, j’ai pris soins de moi. J’ai consulté ma psychologue à chaque semaine, j’ai découvert le développement personnel, je me suis offert une retraite fermée de méditation, je me suis reposée, j’ai pris une longue pause de traitements de fertilité et j’ai grandi.

Bien que l’infertilité ait été ma plus grande et profonde douleur émotionnelle de toute mon existence, aujourd’hui je reconnais que ce parcours aura été un énorme cadeau dans ma vie. Grâce à l’infertilité, je vois la vie autrement : je vis ma vie pleinement, je suis une nouvelle personne et j’ai de nouvelles ambitions... encore plus excitantes!

L’infertilité m’aura permis de voir clair sur différents aspects de ma vie et de ma personne, notamment en ce qui a trait à ma carrière professionnelle : en août 2025, j’ai remis ma démission, alors que je travaillais comme fonctionnaire, pour me lancer en affaires. Dans mon entreprise, environ 60% de mes activités sont destinées à faire avancer la cause de l’infertilité. À travers les deux de saisons notre balado Les Infertiles (une troisième saison sera lancée à la fin du mois d’octobre 2025), j’ai réalisé que le besoin des patients en PMA est beaucoup plus grand. C’est pourquoi j’ai développé un service-conseil où j’accompagne les personnes et les couples à travers leurs propres parcours et que j’ai également lancé un concept de soirées réseautage. Mais mes idées de projets ne s’arrêtent pas là…

Si une chose que l’infertilité ne m’aura pas enlevée, c’est ma détermination. Au contraire, elle l’aura nourrie. Aujourd’hui, je me donne comme mission de mieux servir la communauté francophone des infertiles à travers le Canada.

À l’été 2026, Simon et moi nous dirons oui pour la vie alors que notre couple connaîtra à ce moment-là plus de 11 années de vie commune. Si nous avons rapidement compris que nous n’avons aucun contrôle sur le fait de tomber enceinte, nous pouvons en revanche contrôler ce à quoi ressemblera la plus belle journée de notre vie, et c’est pourquoi le troisième et dernier transfert d’embryon attendra après le mariage. Disons que je veux pouvoir prendre un petit verre de vin avec mes invités… et celui qui sera à ce moment mon mari!!!

S’il y a une chose que je peux vous promettre, c’est qu’après la pluie, vient le beau temps. Le chemin de l’acceptation n’est pas facile, je vous l’accorde. Mais à partir du moment où on se donne le droit de vivre la plus belle des vies, peu importe l’issue finale, tout devient beaucoup plus léger et lumineux.

Avec tout mon amour,
Élodie Roy
Fondatrice du projet Les Infertiles

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