Je suis un homme et je suis infertile. Déjà, apprendre qu’on est infertile n’a rien de facile. Et sans minimiser la détresse des femmes qui vivent la même chose, recevoir cette nouvelle en tant qu’homme amène une dimension particulière : ça vient directement ébranler notre virilité.

Être un homme « un vrai » traîne encore son lot d’idées préconçues et de stéréotypes tenaces. Un vrai homme ne montre pas de faiblesse, garde toujours le contrôle, sait quoi faire en toute situation, ne montre pas ses émotions… vous voyez le genre. Bien que ça ait beaucoup évolué dans les dernières années, l’ombre de cette vision plane encore plus qu’on le pense dans nos cocos de monsieur. Moi-même, jusqu’à tout récemment, j’avais inconsciemment réduit mon registre émotionnel à trois options : ça va bien, ça va mal, j’ai envie de caca.

Alors, imaginez : recevoir un diagnostic d’azoospermie (mot très payant au Scrabble, qui veut dire qu’on ne produit aucun spermatozoïde) a été un casse-tête émotionnel monumental. Mon corps ne produit aucun spermatozoïde. Aucun! Rien! Niet! Nada! Même pas un tout seul comme Matt Damon dans The Martian. Bref, ça n’a pas été facile! Le MartienBref, ce n'était pas facile !

Et pourtant, je n’ai jamais défini ma virilité par mon physique. Honnêtement, si vous me voyiez, vous comprendriez que, du temps des Cro-Magnons, j’aurais été assigné à la cueillette de petits fruits plutôt qu’à la chasse aux mammouths. Mais malgré ça, cette nouvelle a tout de même semé le doute. Être confronté à l’infertilité m’a obligé à réfléchir à des questions que vous, moldus fertiles, n’avez probablement jamais eu à vous poser : est-ce que c’est de ma faute? Pourquoi moi? Si j’ai des enfants par d’autres moyens, me verront-ils quand même comme leur papa? À quoi je sers, exactement? Comme vous voyez, ça devient vite existentiel, c’est loin d’être simple pour un gars peu habitué à gérer autant d’émotions et sans modèle vers qui se tourner.

Ce qui m’a le plus frustré, c’est le sentiment de me faire enlever le choix. À ce moment-là, je n’avais pas encore décidé si je voulais des enfants ou non. Mais je peux vous garantir que se faire retirer la possibilité de choisir est profondément fâchant. J’ai eu l’impression que toutes les portes se fermaient devant moi avant même que je commence à avancer. C’est extrêmement frustrant de ne pas pouvoir accomplir ce qui semble être la chose la plus naturelle, la plus instinctive, la plus simple au monde : se reproduire. Faire un enfant, c’est tellement facile pour certains que vous en avez peut-être fait par accident!

Comme si ce n’était pas assez difficile de gérer ce sentiment d’impuissance, il faut aussi affronter le regard des autres, les commentaires maladroits et blessants, et surtout l’incompréhension générale. La plupart du temps, ce n’est pas mal intentionné, mais ça blesse quand même. Oui, nous aussi, certaines choses nous atteignent, même si on fait semblant que tout va bien. Un jour, un inconnu à qui je venais d’apprendre mon infertilité m’a dit que ce devait être terrible, à mon âge, de ne plus avoir d’érection… Comme beaucoup, il confondait infertilité et impuissance c’est vous montrer le niveau d’éducation du grand public sur l’infertilité masculine. Je vous rassure : de ce côté-là, tout fonctionne très bien. Le problème survient un peu plus loin dans la chaîne de production.

Être infertile, pour un homme, c’est comme se faire retirer son rôle instinctif de « pourvoyeur de vie ». C’est difficile. Évidemment, peu importe le sexe, l’infertilité vient avec son lot d’enjeux. Mon objectif avec ce texte est simplement d’allumer une discussion qui manque cruellement d’espace. Parce que nous, les hommes, on n’est souvent pas très habile pour parler de nos problèmes ou de nos émotions. Parfois par peur, par manque de vocabulaire, d’expérience, ou simplement de compréhension et d’acceptation de ce qu’on ressent.

Alors si vous êtes un homme infertile, n’hésitez pas à parler de ce que vous vivez du mieux que vous le pouvez. Plus nous en parlerons, plus ce sera simple pour les générations qui suivront. Vous voulez être un papa? Être un papa, c’est aussi montrer l’exemple, montrer que la virilité s’exprime de mille et une façons, et ouvrir la voie à ceux qui viendront après nous.

À propos de l'auteur

Sébastien Haché est humoriste, auteur du spectacle Tirer à blancTirer à blanc et animateur du balado du même nom, diffusé sur Ohdio de Radio-Canada, dans lequel il explore une question essentielle : Pourquoi l'infertilité est-elle encore un sujet tabou ? À travers son humour, son authenticité et son propre parcours, il contribue à ouvrir le dialogue sur l'infertilité masculine et à briser les tabous qui l'entourent. Pour en savoir plus sur son travail, visitez www.sebastienhache.com.